Comme son degré de croyance rationnelle: l'apparition systématique de certaines informations, signaux faibles comme signaux forts, invitent à la création d'une opinion et rapproche des faits entre eux. Ce rapprochement est le fruit de liens qui sont souvent subjectifs; la synthèse de l'ensemble amène à une vision parfois erronée mais dont l'essentiel réside à l'action qu'elle amène.

Un exemple donné avec George le corbeau noir: si vous observez mille corbeaux noirs (a) dans les dessins animés, et que ces corbeaux s'appellent tous George (b), il y a une grande probabilité que si l'on vous demande de donner les caractéristiques du prochain corbeau, vous répondiez George et noir. Si la probabilité de a (Pa) diminue, elle n'impacte pas celle de b (Pb): dès lors, vous répondriez probablement que vous ne savez pas la couleur du corbeau George.

Cette probabilité est un degré d'anticipation des faits: l'incertitude est diminuée de manière artificielle. Elle est une croyance rationnelle dans la probabilité de réalisation d'un événement. On applique à un événement futur la continuité d'esprit du passé.

A l'échelle d'un groupe d'individus, le degré de croyance rationnelle total est supérieur à la somme des degrés de croyance rationnelle individuels. Les thématiques développées lors de la transmission d'information par différents média (JT, presse écrite, rumeurs, etc.) sont autant d'éléments qui contribuent à créer une certaine image d'un sujet.

L'application du degré de croyance rationnelle se retrouve à tous les niveaux d'une cellule d'intelligence économique.

Ainsi, la veille a un ennemi farouche: la surabondance d'informations. Le réflexe est de réduire le nombre de sources disponibles pour se concentrer sur l'essentiel (vœux pieu...). La sélection des sources passe par des critères objectifs comme la quantité d'informations disponibles, leur mise à jour et la qualité vérifiable. A l'inverse, l'aura, la confiance accordée a priori à la source ou la sensibilité aux phénomènes de rumeur sont autant de croyances qui se forment de manière empirique.

Cela n'est pas systématiquement à remettre en cause: il s'agit là d'une construction naturelle. Nous partageons par exemple des références communes: Outils Froids, Cadd(e)Réputation ou le blog de VigIE, Si vous tentez de recouper une information et que celle-ci se retrouve sur ces trois références, elle devient légitime.

Plus loin, lors de l'analyse et du traitement des données, le proportion à faire rentrer telle information au profit d'une autre ou à un poids plus élevé dans une analyse se fait parfois sans raison objective. C'est là par exemple tout le défi de la prospective qui doit organiser les ressources sur des grandes tendances. Mais d'où partir dans un monde complexe et évoluant à la vitesse de la lumière?

Plus loin encore, lors de la diffusion d'une note de veille. L'efficacité rejoint l'efficience: on ne distribue qu'avec parcimonie. Le veilleur se voit dans la délicate tâche de déterminer selon sa propre expérience qui en disposera et comment par les demandes formulées et d'anciens retours des commanditaires. La distribution d'un rapport de veille confine parfois à la diplomatie des grands Etats pour ne froisser personne sans en dire trop...

Bref, la croyance rationnelle est un outil fabuleux pour anticiper à partir d'un vécu. Une croyance qui peut être commune (des références) comme individuelle (une sensation: feeling). Et qui ne finit pas de nous aider, détachant la veille d'une simple analyse statistique.

Par Julien Garderon